Hauts-de-France
Illies

L’épicurieux :  Une cuisine simple et curieuse !



Curieusement, je n’avais jamais entendu parler de l’Epicurieux et pourtant, comme par un magnétisme irrésistible, c’est dans ce restaurant que mon choix s’est porté. En effet, sans m’expliquer pourquoi, en tombant sur quelques articles évoquant le chef, son parcours, sa personnalité et sa nouvelle adresse, je me suis dit : ici ça va le faire !

  • Ouvert depuis à peine trois mois, le restaurant commence à creuser son sillon sans faire de vagues médiatiques grâce à l’excellent bouche à oreilles des clients, ce qui est bien mieux.

  • Si les abords ne sont guère glamours, le restaurant est situé à la campagne, à Illies dans les Weppes, à mi-chemin entre Lens et Lille. Il a avant tout été choisi par ses propriétaires pour ses facilités de stationnement et pour l’ouverture de la cuisine sur la salle.

  • À l’image de la façade, la décoration de la salle est simple, personnelle, actuelle, chaleureuse. L’assise est confortable, la salle lumineuse s’ouvre les beaux jours sur une terrasse protégée.

  • Aux commandes du restaurant un couple uni, en totale osmose !

  • D’un côté, Julie Dieudonné, que nous avions déjà croisés au Clarance à Lille. Armée d’un BTS gestion hôtellerie, elle s’occupe de la gestion des affaires courantes et du service en salle d’une quinzaine de couverts. Pétillante, accueillante, souriante, elle prend soin de chaque convive. Connaissant son compagnon de chef sur le bout des doigts, elle n’éprouve aucun mal à restituer ses créations. La sommellerie mériterait cependant d’être confortée et la carte des vins étoffée.

  • De l’autre, l’ex-candidat Top Chef, le super attachant Christophe Pirotais. Après une enfance difficile passée au sein de nombreux foyers de la DDASS, il dégage une joie de vivre exemplaire. Il s’est construit seul, sans l’aide de personne et s’est forgé à force d’obstination un caractère solide résistant à toute épreuve. Il aurait pu mal tourner mais la cuisine l’a sauvée. Épris de cuisine dès l’école primaire, il a failli être électricien ou faire partie du mess des gendarmes du PSG mais le destin en a voulu autrement ! La cuisine s’est imposée à lui naturellement comme une évidence. De fil en aiguille, il a gravi les échelons, d'abord commis dans des brasseries, puis demi-chef de partie, chef de partie, enfin second et chef dans des brigades prestigieuses, à Paris, Monaco, au Luxembourg, à Saint-Martin-de-Belleville, Annecy et enfin à Lille. Doté d’un courage et d’une rage de réussir et de s’en sortir, il impose le respect. Il m’explique qu’à ses débuts, il ne comptait pas ses heures, dormaient durant les pauses sur des canapés, il restait même dormir parfois sur place, happé par sa passion et son abnégation. « On prend un salaire pour faire ce qu’on aime et pour payer son loyer. Le reste on s’en fout. » me confie-t-il.

    Sa notoriété à Top Chef et sa réussite comme chef de cuisine représentent à ses yeux une belle revanche sur la vie. Il voudrait transmettre un message aux gens « qu'avec pas grand-chose, on peut faire beaucoup de choses ! Il faut juste y croire ! ». Magnifique enseignement, belle leçon de vie dont beaucoup de jeunes devraient s’inspirer.

  • La cuisine du chef est à son image, simple, sincère, généreuse mais elle est loin d’être lisse. Elle peut se montrer comme lui sauvage, aventureuse, ambitieuse. Le chef aime jouer les oppositions sucré-salé, terre-mer. Il aime avant tout surprendre mais sans choquer pour autant. Il me précise : « Tu seras surpris, Christophe, de m’entendre dire ça car je suis jeune (34 ans), mais il faut avant tout respecter les bases de la cuisine, revenir aux fondamentaux qui ont forgé la gastronomie française. Maîtriser les cuissons, élaborer des vrais jus qui forment les vrais goûts et ne pas utiliser des poudres comme c’est souvent hélas enseigné maintenant dans les centres de formation. Ensuite, une fois que le socle est bien en place, le produit bien choisi et respecté, tu peux commencer à t’amuser, mais doucement avec équilibre, par petites touches afin que les associations aromatiques et gustatives forment une alliance idéale. » Il aimerait parfois s’amuser un peu plus et proposer des plats plus aboutis mais faute d’assistance en cuisine et faute de temps, il privilégie l’efficacité des mises en place, le tout pour un budget maitrisé. À suivre !

    Sa carte change toutes les trois semaines au gré des saisons, et son menu inspiration du soir, tous les trois jours (!!!) en fonction de ce que lui proposent ses fournisseurs. Sans dogme, il travaille avec les produits du terroir, fait appel aux pêches locales abondantes et variées. La fraicheur et la qualité des produits conditionnent toujours ses choix. Il est intransigeant sur ce point. Un chef exigeant qui, finalement, n’a en tête qu’une seule chose, voir sa salle pleine et faire plaisir à ses clients, ce qu’il s’est efforcé de faire dans le menu carte blanche surprise qu’il a eu la gentillesse de nous concocter.

  • En guise de mise en bouche nous savourons quelques Petits cakes aux graines de moutarde.

  • Nous entamons le ballet gourmand avec un plat bien pensé et exécuté :

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    Chutney pommes et échalotes au Xérès, fondue de poireaux, siphon de poireaux, grillade de merlu au curry, olives séchées au four.
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  • Suit le plat le plus abouti du menu et le plus caractéristique de la cuisine surprenante du chef où ce dernier joue sur un fil de fer. Il s’évertue à doser parfaitement les éléments sucrés du kaki, fort peu utilisé en gastronomie et quel dommage, et les éléments salés et acides, sans oublier de jongler avec les différentes textures. Good job Christophe.

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    Compotée de kakis, kakis confits, poudre de câpres, foie gras en pâte de phyllo, oeufs de harengs fumés, oignons cébettes.
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    Le chef continue sans outrecuidance sur la voie du sucré-salé avec mesure et en proposant un plat plus simple, jouant sur la qualité et la fraicheur de la pêche du jour agrémentés de quelques jolies couleurs exotiques.

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    Cabillaud, mousseline de patates douces et coques.
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  • Les notes carnées sont abordées de manière innovante par le chef en nous proposant une canette cuite sur coffre, technique que le chef a remis à l’honneur à l’occasion de notre venue – cool ! - et qui la sidérait au vu du résultat sur la cuisson et son apport gustatif. Il me précise : « Tu sais, Christophe, en travaillant sous l’égide d’un chef, on devient suiveur, après on reproduit l’enseignement, on garde les mêmes habitudes et on en oublie certaines techniques. » Moralité, il faut toujours rester à l’affût, en éveil, ne jamais vivre sur ses acquis, toujours se remettre en question pour continuer à explorer et à progresser, chercher à surprendre, simplement mais sûrement.

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    Filet de canette cuit sur coffre, mousseline carotte-ananas, oignons rouges en pickles.
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    Surprenant mariage entre la carotte et l’ananas dont personnellement je n’ai pas ressenti l’intérêt. Proposé en texture, les choses auraient pu être plus aguichantes !

    Je ne suis pas fan des préparations fromagères mais celle-ci a comblé mon palais. Christophe vient nous servir lui-même sa création et nous propose un :

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    St Marcellin mariné trois semaines dans l'huile d'olive, baies roses, girofle, thym, ail, chutney de mangues, pain aux céréales.
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    Nous terminons ce repas exquis sur les chapeaux de roue mais tout en douceur. Même si la création des desserts est moins évidente pour le chef, et nécessite une réflexion moins instinctive et plus en amont, cette ultime création est digne des meilleurs restos gastronomiques. Jeux de textures, finesse des associations, onctuosité et intensité gustative du chocolat. Aucune saturation du palais. Top.

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    Biscuit chocolat, noix de coco rappée et torréfiée, crémeux chocolat noir, bananes caramélisée, gel coco, zeste de citron vert.
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  • S’il y a encore ci et là des choses à parfaire, à préciser, nous avons pu apprécier un menu parfaitement exécuté qui suscite l’intérêt sans discontinuer, l’envie de plonger sa fourchette dans le plat, la surprise, le plaisir. Les oppositions omniprésentes sont parfaitement contrebalancées, la sapidité toujours au rendez-vous. Les pickles apportent le peps, l’éveil du palais. Une cuisine fooding du moment, instinct-instant qui semble avoir été conçue pour vous juste avant votre venue, comme si vous étiez invités par des amis ! Une cuisine certes avant tout simple, généreuse, signée, soignée sans excès, curieuse, qui cherche, qui ose, qui distrait, qui ne joue pas encore dans la cour des restaurants étoilés mais dans celle des BIB gourmands sans conteste. Bref une cuisine de TOP CHEF !

    Une table où l’on se sent bien et où on passe un excellent moment de partage dans une ambiance conviviale et décontractée. Une adresse à découvrir sans hésiter pour un remarquable rapport qualité-prix, menu en cinq services à 41 € !!! N’hésitez pas au moment de réserver à vous recommander de la part du blog Christophe se met à Table, Julie et Christophe vous réserveront une attention en début de repas.



    Crédits photos : Christophe se met à table

    Dernière visite en février 2020


    5 rue Mermoz 59480 Illies

    Tél. : +33 3 20 35 36 01