Alsace
Colmar

L'Atelier du peintre : Une toile de Maître !



2 toques Gault & Millau



Il y a des restaurants devant lesquels on s'arrête et qu'on oublie très vite et d'autres au sein desquels on se pose, on hume l'atmosphère, on respire, on écarquille les yeux, on savoure... tels des points de suspensions, qui vous pénètrent et vous transportent dans un univers singulier. L'Atelier du peintre appartient à cette catégorie.

Niché dans une rue étroite peu passante en plein cœur du centre historique de Colmar, à deux pas de la célèbre Maison Pfister et face à la demeure du peintre Schongauer, ce restaurant bien nommé vous happe et vous invite à la visite de son exposition gastronomique permanente au pays des saveurs, dans un cadre feutré -appréciable surtout le soir venu- contemporain, élégant, coloré et joliment apprêté. Telle une galerie de portraits, les œuvres temporaires ne tapissent pas seulement les murs mais aussi les assiettes. Ici chaque plat est une œuvre d'Art. Le plaisir ne s'arrête cependant pas aux pupilles, il se prolonge au niveau des papilles et explore une palette de saveurs insoupçonnées.

La cuisine est aboutie, soignée, réfléchie, créative tout en restant compréhensible, généreuse, française, moderne, sexy, ensoleillée, originale dans le mariage des saveurs. Elle allie fraîcheur, saveurs aigres-douces et acides, présence subtile de fruits pour le peps et non pour le sucré salé souvent écoeurant. Chaque plat est une invitation au voyage, à l'émotion, signé Loïc Lefebvre.

Le maestro à la recherche permanente des meilleurs produits fait son marché tous les matins, s'entoure d'un réseau de fournisseurs de proximité triés sur le volet avec lesquels le courant passe bien, insiste t-il. En marge de sa virtuosité, de sa technicité, ce séduisant lorrain de Verdun, bientôt quadra, dispose de qualités humaines louables : humilité, simplicité, générosité, courage, jovialité, passion, ambition. Bref, un Chef sympa ! On dit souvent que la cuisine est à l'image de son créateur, c'est encore plus vrai ici. La priorité est donnée au contenu des assiettes, pas de chichis, de fanfreluches autour du plat. Il ne triche pas, va droit au but, et se concentre sur la recherche du goût, du plaisir simultané et du Beau pour susciter l'envie...

Les bons chefs sont aussi reconnaissables à leur faculté de bien s'entourer. Dans ce domaine, Loic excelle également. Il a su recruter avec intelligence une équipe fidèle, qui comprend et entre dans son univers, ce qui lui permet de créer sereinement une carte intuitive en évolution permanente...

Cette complicité rejaillit dans la salle, sous l'égide de Caroline, la compagne du Chef. Une grande et belle Dame à qui j'accorde beaucoup de sympathie et de respect et sans qui la réussite du restaurant ne serait pas au rendez-vous. Tel un rayon de soleil, elle illumine les créations de l'artiste, épaulée par un excellent maître d'hôtel passionné et jovial, Alexandre Guth, en distillant un service fluide, discret, avenant, professionnel (mention spéciale pour la ravissante Charlotte Dorée). Le service a pris encore plus de hauteur avec le recrutement d'un nouveau sommelier, Yann Van-Nieuwenhove, qui, avec assurance et expertise, nous a proposé une sélection accord mets et vin irréprochable et parfois singulière.

L'exposition gastronomique que nous avons eu le bonheur d'apprécier était en tout point remarquable.

- Mise en condition immédiate avec un trio de mise en bouches :

- Glacé de choucroute poudre de lard séché / macaron saumon encre de seiche / Bœuf Wagyu (caviar de la viande, juxtaposition de "Wa" signifiant "Japon" et "Gyu" signifiant "bœuf", en japonais), Chutney potiron-cannelle, Cresson, Citron et oignons frits.
Champagne brut premier L. Roederer : nez complexe, bouche ample et légère grâce aux fines bulles.

- Une superbe création artistique aux couleurs du printemps tout en fraîcheur et en saveur, qu'aurait pu signer Arcimboldo : Grosses asperges vertes en salade Printanière, Petits pois, Coulis d'œuf, subtil blanc-manger d'amandes, Citron et caviar d'Aquitaine.
Muscat d'Alsace Trimbach 2014 : sec, droit, fruité prononcé.

- La visite se poursuit avec une création originale : Morilles au vin jaune en mode streussel au comté et jambon de la forêt noire.
Riesling Meyer Fonné Katzenthal 2013 : terroir marqué, sec, minéral, pétrolé, floral, grande pureté : un grand Riesling.

- Une œuvre qui met à l'honneur la maitrise technique du chef : Pavé de bar sauvage rôti, Betterave, Oseille et mandarine, Rappé de poutargue. La cuisson de la betterave en papillote sur un lit de gros sel enlève à la betterave son côté terreux et permet la concentration des sucs. Jolie prouesse !
Marsannay, René Bouvier, Le Clos 2014 : atypique, vertical, aucune présence beurrée, belle matière et acidité.

- Le tableau suivant est un festival de saveurs en bouche : Noix de St Jacques snackées de nos côtes (tendreté exceptionnelle) , Mousseline d'artichauts, Beurre meunière au romarin, Citron confit et anguille fumée.
Vin de Savoie, Château de la Mar, Marestel, 2013, Cépage Altesse : coup de cœur du Chef, ample et gras, notes de vanille et moka, longueur et acidité limitée.

- Une magnifique œuvre carnée pointe son museau faisant honneur au terroir, d'une cuisson parfaite alliée à des mariages savoureux originaux : Filet de bœuf de Salers maturé, Radis blancs à la crème de carbonara, Copeaux de poires marinées, Jus au vin de xérès. Good job !
Château Belle Grave, Lalande de Pommerol, 2009 : tannin marqué, mériterait encore quelques années de vieillissement, bel équilibre entre le terroir et le fruit.

- Une transition fromagère qui m'a moins transporté, préférant les fromages bruts de décoffrage mais apportant cependant de la légèreté avant les douceurs : Composition fromagère munster, Cumin et pissenlit.
Gewurztraminer de la Maison Faller, cuvée Théo, Domaine Weinbach 2013 : sucre concentré sans saturer le palais, superbes arômes de rose, jasmin, d'épices : Un grand vin qui fait honneur au terroir alsacien.

Deux superbes créations sucrées terminent la visite de l'exposition, l'une dans l'originalité et la technicité et l'autre dans le visuel rappelant l'enfance :

- Fruits exotiques et blancs d'œuf vaporeux, Sorbet basilic.
Côtes de Gascogne, Domaine Chiroulet, soleil d'automne 2015 : vendangé en légère surmaturité, expression marquée des arômes du Gros et petit Manseng. Notes de fruits frais et secs avec une finale acidulée, sans lourdeur sucrée.

- Poire à la vanille, Chantilly à la crème fraîche, Meringue et glace Carambar.
Crémant Dirler-Cade 2012, vif et explosif, vineux, absence de chardonnay lui donnant de la typicité.

Une exposition gourmande qu'on aimerait visiter et revisiter, qui vous plonge dans un bain d'émotions et que j'invite tous les gourmets à venir découvrir.

Ce jeune couple n'a pas fini de nous surprendre... Bravo pour cette jolie parenthèse épicurienne et chapeau les Artistes !!!

Crédits photos : Christophe se met à table


Dernière visite en avril 2016






1 rue Schongauer - 68000 Colmar - Tél. 03 89 29 51 57    Lien





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