Paris
18è

Le Coq Rico : Un Coq qui chante juste !

                                       


Quand le choix de bonnes adresses comme à Paris est pléthorique, beaucoup mieux que les guides, le bouche à oreilles ! En l'occurrence ici mes inspirateurs forment un duo. D'un côté, Eric Westermann, Chef du Buerehiesel 1* à Strasbourg, fils d'Antoine, créateur du restaurant en question, qui m'affirme : "tu verras, dans le poulet, tout est bon ! Le Coq Rico est un super concept." et de l'autre, plus objectivement, Romain Creuztmeyer du Colbert (Bib gourmand à Strasbourg), l'un de mes principaux indics avec Guillaume Buecher du Frankenbourg 1* à La Vancelle (Alsace), qui me déclare : " ce bistrot est juste magique, ca va te plaire, réserve au comptoir, j'adore ce restaurant ". Malgré un week-end parisien chargé, il restait un créneau pour le dimanche midi, alors ni une ni deux, nous réservons... Comme ils ont vu juste, comme cette adresse rue Lepic tombe à pic !

Mais appréhender le Coq Rico sans parler au préalable de l'extérieur, du quartier, de la basse-cour, ce serait passer à côté du poulailler ! Si comme nous, vous descendez à la station de métro Blanche, Le Moulin Rouge apparaît, et d'emblée c'est une certaine vision de Paris et une image de la France qui s'offre à vous. Une France cocardière, gouailleuse, rétro, qui fleure bon la tradition, propre à l'imagerie d'Épinal. En entamant l'ascension de la rue Lepic, rue pavée menant au bistrot, vous croiserez des petits commerces de bouche comme on n'en trouve plus beaucoup. Fromagers, bouchers, boulangers et épiciers s'égosillent avec entrain en ce dimanche matin pluvieux pour proposer leurs produits frais de qualité. Une atmosphère conviviale, singulière, transpire dans cette autre capitale, comme un village dans la ville. J'adore ! Certes au sommet de la butte de Montmartre, l'ambiance est un peu cassée, les touristes défilent devant les magasins de souvenirs et affluent sur la fameuse place du Tertre où vous pouvez toujours vous faire tirer le portrait ou déambulent un peu plus loin sur le parvis du Sacré Cœur, promontoire offrant l'une des plus belles vues de Paris... La sérénité et le calme vous regagnent rapidement une fois en ligne de mire le fameux Moulin de la Galette faisant face au Coq Rico, le bistrot des belles volailles.

À peine entrés, nous ressentons une ambiance chaleureuse imprégnée de différents univers. On y découvre tout d’abord un espace bistrot chic avec ses banquettes anthracites, ses murs en pierres apparentes couleur crème. Au fond, une charmante table d'hôte privative dans l'esprit d'une stammtisch alsacienne « la table des habitués » à laquelle, en Alsace, il est un privilège de pouvoir s'asseoir, et qui rappelle les origines du propriétaire. La salle est rehaussée d'une cave à vin apparente et d'une magistrale peinture de coq ayant fière allure du peintre animalier alsacien Christophe Meyer dans le style Bernard Buffet.

Ma préférence se porte sans hésitation sur le comptoir en zinc et granit où, juchés sur votre perchoir, vous pouvez assister au spectacle de la rôtisserie et vivre un moment de partage saisissant. Au programme, des gallinacés de compétition, des poulettes de luxe galbées bien en chair, aux cuisses rebondies, et qui n'attendent plus qu'à se faire embrocher pour devenir halées et croustillantes à l'envi !

Ici, les habitants de la basse-cour jouent dans la cour des Grands. Pas de compromis avec la qualité, Antoine Westermann est intransigeant sur ce point, c'est l'estampille de son établissement et l'image de la France (n'ayons pas peur des mots) qu'il véhicule. Il désire redonner ses lettres de noblesse à la volaille française, avec des goûts variés selon les terroirs et les saisons, élevée aux grains dans un environnement naturel. Les fournisseurs sont triés sur le volet mais, plus que des fournisseurs, ils sont associés comme des partenaires, belle approche win-win... Et le résultat est là, certes à un certain prix, compter 85€/pers... mais quel bonheur pour le palais et pour les autres sens...

Se bousculent dans les assiettes poulet de Challans, Poularde de Bresse, canette des Dombes, poulet jaune "Cou-Nu" des Landes, Pintade d’Auvergne, tous dotés d'une chair moelleuse, fondante, gouteuse et finement rôti. Le secret : une marinade préalable aromatisée et un rotissage de 3/4 d'heure selon la bestiole ! Un côté régressif qui vous rappelle les bonnes volailles fermières de nos grand-mères mijotées en cocotes ou tournées à la broche dans la cheminée !

À côté des emblématiques volailles, l'œuf et les terrines ont aussi droit de cité sur la carte élaborée par le Chef exécutif Thierry LÉBÉ.

Assisté d'une brigade jeune, appliquée, alerte et volontaire (même en l'absence du Chef !), emmené avec brio le jour de notre venue par le Sous-Chef Corentin LEVERGER à la rôtisserie et le Chef de partie Meziane GOSSART, il concocte des mets simples, réussis, maitrisés, goûteux, préparés minute devant vous en toute transparence.

Le service en salle, Anthony OLIVET et Julie VICKERS en tête de file, est décontracté, efficace, accueillant et attentionné. Tout est fait pour vous prendre en charge (un voiturier est même mis à votre disposition) et vous faire passer un bon moment hédoniste que je vous invite à savourer...

Superbe entrée en matière et démarrage en trombe avec cette super planchette de béatilles / Cœurs & foies de volailles poêlés, ailerons frits, cromesquis aux épices.

D'emblée vous êtes scotchés sur votre perchoir, des petits caquètements de contentement commencent à se faire entendre, même s'ils diminuent ensuite avec la salade de sot-l'y-laisse poêlés, betteraves crues et cuites, vinaigrette aux graines de sésame. Ce plat m'a moins emballé en raison de la prédominance du goût terreux de la betterave en regard de la finesse des sot-l'y-laisse... il aurait fallu un autre élément pour l'atténuer.

Les choses sérieuses frappent à la porte de la noble basse-cour avec ce suprême de Pintade de Challans farci aux pieds de Cochon et choucroute caramélisée ou un sublime poulet jaune cou-nu des Landes à la truffe fraîche, pommes de terre, poireaux cuit comme un baeckeoffe...

Nous montons soudain de plusieurs crans sur le perchoir du poulailler! Quel bonheur en bouche, quel plaisir d'apprécier ces goûts simples, riches, tranchés, précis et variés. Sans nul doute, la patte du maestro Westermann de l'époque du Buerehiesel 3* se ressent bien, l'Alsace n'est jamais loin dans l'assiette. Hopla ! Et tant mieux car c'est tellement renversant et vivifiant !

Mais si l'Alsace c'est top, le bon nordiste d'origine que je suis ne peut rester longtemps insensible à la vue d'irrestibles frites maison qui frémissent devant moi. Le supplice de Tantale étant poussé à son paroxysme, je me lance et demande une faveur à Méziane : " est-ce que je pourrais les goûter ? " Sans hésiter il m'offre un cornet d'anthologie préparé par la charmante et performante apprentie Marie ROUCHUT. Merci à eux car comme elles sont croustillantes et délicieuses ! ... D'aucuns me taxeront d'avoir des goûts basiques mais le but ultime de la gastronomie n'est-il pas de susciter avant tout du plaisir, quelque soit le degré d'élaboration ?

Les douceurs ne se font pas prier et sont tout autant dignes d'éloges comme :
- cette opulente et majestueuse île flottante, qui a tant fait mon bonheur au Buerehiesel - ce n'est pas Éric Westermann qui me démentira - entourée d' une incomparable crème anglaise sublimement rehaussée de vanille de Madagascar... à goûter absolument !
- ou cette Mousse glacée à l'orange et au Grand Marnier, salade d'oranges tout en fraîcheur et en harmonie gustative.

Le genre de repas qui marque et fait honneur à la cuisine Française, qui hisse haut les couleurs tricolores de notre gastronomie sans chercher les prouesses et les élans de créativité mais au service d'une chose, le GOÛT, les bons produits de notre terroir.

Un coq qui n'a pas fini de chanter son cocorico sur les sommets de Montmartre et même désormais sur ceux des gratte-ciels new yorkais (enfin là bas il chante plutôt un cock-a-doodle do!!). En effet, depuis plus d'un an un Coq Rico bis y rencontre aussi un franc succès et fait accourir tous les gourmets de la Big Apple vers cette "so French so good address !" À découvrir sans hésitation...

Crédits photos : Christophe se met à table


Dernière visite en février 2017


Le Coq Rico, 98, rue Lepic, Paris (XVIIIe), 01-42-59-82-89. Carte: 35-55 euros. Ouvert tous les jours midi et soir.    
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